Il y a des voitures qu’on regarde et qui nous laissent sans voix. La Lamborghini Sián FKP 37 est de celles-là. Quand elle est apparue au Salon de Francfort en septembre 2019, elle n’a pas simplement marqué les esprits des passionnés présents sur place : elle a signifié un tournant dans l’histoire de Lamborghini. Pour la première fois, la maison de Sant’Agata osait l’hybridation sur une supercar de série, en s’appuyant sur une technologie de stockage d’énergie que personne d’autre n’utilisait à ce niveau. Limitée à 63 exemplaires coupé et 19 Roadster, affichée à environ 3,6 millions d’euros, et vendue en totalité avant même sa présentation au grand public, la Sián FKP 37 n’est pas qu’une voiture rare, c’est une déclaration d’intention.
Dans cet article, nous allons explorer les origines et la signification profonde du nom Sián, décortiquer sa fiche technique et comprendre ce que le supercondensateur change vraiment, admirer un design qui revendique fièrement sa filiation avec la Countach, comprendre pourquoi la production s’est arrêtée à 63 unités, la situer face à ses concurrentes directes, et découvrir les façons accessibles de posséder un bout de cette légende. Si vous avez une curiosité sincère pour ce que Lamborghini a réussi à faire avec la Sián, lisez la suite jusqu’au bout.
Sián FKP 37 : une naissance au carrefour de l’histoire et de la technologie

Septembre 2019, Francfort. Dans le bruit habituel des grandes premières mondiales, Lamborghini choisit cet écrin pour révéler sa voiture la plus ambitieuse depuis l’Aventador. La Sián FKP 37 ne se contente pas d’être une évolution mécanique : elle porte en elle une charge émotionnelle et symbolique que peu de voitures ont connue. Son nom, ses initiales, sa technologie, ses lignes : tout a été pensé pour marquer l’histoire de la marque à un moment charnière. L’histoire de Lamborghini compte peu de chapitres aussi denses que celui-là.
Pourquoi le nom “Sián” ?
Lamborghini a une tradition bien ancrée : nommer ses voitures en référence au monde de la tauromachie, aux taureaux de combat légendaires, ou à des figures puissantes. Avec la Sián, la marque s’est tournée vers quelque chose d’autre. “Sián” signifie “éclair” dans le dialecte bolonais, celui qu’on parle encore dans les ruelles de Bologne, à quelques kilomètres de l’usine de Sant’Agata Bolognese. Un éclair : rapide, lumineux, imprévisible. Difficile de trouver un nom plus adapté à une voiture qui développe 819 ch et abat le 0 à 100 km/h en moins de 2,8 secondes.
L’hommage à Ferdinand Karl Piëch
Les trois lettres et le chiffre qui accompagnent le nom portent une signification bien précise. FKP 37, ce sont les initiales de Ferdinand Karl Piëch, et 37 fait référence à son année de naissance, 1937. Piëch est décédé en août 2019, quelques semaines avant la présentation de la Sián à Francfort. Son rôle dans le destin de Lamborghini est fondamental : c’est lui, à la tête du groupe Volkswagen, qui a orchestré le rachat de Lamborghini en 1998. Sans cette décision, difficile de savoir si la marque aurait survécu, et encore moins si elle aurait eu les moyens de développer des projets aussi ambitieux que la Sián. Cet hommage n’est pas un détail de communication : c’est une reconnaissance sincère de ce que Lamborghini lui doit.
Fiche technique complète : ce que cache le V12 hybride de la Sián

Derrière les lignes spectaculaires de la Sián se trouve une mécanique d’une cohérence remarquable. Lamborghini n’a pas simplement greffé un système électrique sur un moteur existant : la voiture a été conçue comme un tout, avec une intégration technique réfléchie jusqu’au moindre détail. Voici les données essentielles.
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Moteur | V12 atmosphérique 6,5 L |
| Puissance thermique | 785 ch |
| Puissance totale | 819 ch (602 kW) |
| Motorisation électrique | Moteur-générateur + supercondensateur |
| Transmission | Boîte robotisée 7 rapports ISR |
| 0 à 100 km/h | Moins de 2,8 secondes |
| Vitesse maximale | Plus de 350 km/h |
| Poids | 1 525 kg |
| Production | 63 coupés + 19 Roadster |
| Prix de lancement | Environ 3,6 millions d’euros |
Le supercondensateur : l’innovation qui change tout
C’est ici que la Sián se distingue vraiment de toutes les autres hypercars hybrides de sa génération. Plutôt que d’opter pour une batterie lithium-ion classique, Lamborghini a choisi d’intégrer un supercondensateur. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Un supercondensateur est un dispositif de stockage d’énergie électrostatique. Il ne stocke pas autant d’énergie qu’une batterie lithium-ion à volume équivalent, mais il se charge et se décharge à une vitesse sans commune mesure. Là où une batterie classique mettra plusieurs minutes à absorber un pic d’énergie récupérée au freinage, le supercondensateur le fait en une fraction de seconde. Et surtout, il restitue cette énergie avec la même instantanéité, au moment précis où la demande en puissance est maximale.
Pour Lamborghini, ce choix offre trois avantages décisifs. D’abord, la légèreté : le système pèse environ trois fois moins qu’une batterie lithium-ion équivalente en termes de puissance crête. Ensuite, la durabilité : un supercondensateur supporte des centaines de milliers de cycles de charge sans dégradation significative. Enfin, la réactivité : le moteur électrique logé sur l’essieu avant entre en action de façon quasi instantanée, sans le temps de latence que l’on peut observer avec certaines batteries. Le résultat net : 34 ch supplémentaires délivrés exactement quand le conducteur en a besoin, sans alourdir la voiture ni compromettre l’expérience de conduite.
Le V12 atmosphérique : une mécanique qu’on n’ose plus faire
À l’heure où l’industrie automobile s’est massivement tournée vers la suralimentation pour réduire les cylindrées tout en maintenant les performances, Lamborghini a fait un choix qui ressemble presque à un acte de résistance : conserver un V12 de 6,5 litres en aspiration naturelle. Ce moteur, issu de la famille qui équipe l’Aventador, a été profondément revu pour la Sián. Il développe 785 ch à lui seul, à un régime moteur élevé, avec une montée en puissance linéaire et une sonorité que aucun moteur suralimenté ne peut reproduire.
Choisir l’aspiration naturelle en 2019, puis en 2026 encore, c’est accepter des contraintes d’homologation plus complexes, des émissions plus difficiles à contenir, et une conception plus exigeante. Mais c’est aussi offrir une expérience de conduite d’une pureté rare, où chaque centimètre de la pédale d’accélérateur correspond à une réponse franche et immédiate du moteur. La Sián ne cherche pas à être raisonnable. Elle cherche à être authentique.
Performances : des chiffres qui donnent le vertige
Moins de 2,8 secondes pour atteindre 100 km/h depuis l’arrêt, et une vitesse de pointe qui dépasse les 350 km/h. Ces chiffres placent la Sián dans un groupe très restreint de voitures capables de telles performances. Pour donner un repère, la Ferrari SF90 Stradale, avec ses 1 000 ch, revendique 2,5 secondes pour le même exercice. La McLaren Speedtail, avec 1 050 ch, atteint 403 km/h en vitesse de pointe. La Sián ne cherche pas à battre ses rivales sur la seule course aux chiffres : elle propose une synthèse entre performances brutes, expérience sensorielle et cohérence technologique que chaque machine définit à sa façon.
Un design signé Lamborghini Centro Stile : entre héritage et futurisme

Regarder la Sián pour la première fois, c’est avoir le sentiment qu’on a déjà vu cette voiture quelque part. Ce n’est pas un hasard. Les designers du Centro Stile de Lamborghini ont volontairement puisé dans l’ADN visuel de la marque, en particulier dans l’héritage de la Countach, tout en projetant la voiture vers une esthétique contemporaine et presque futuriste. Le résultat est une cohérence visuelle rare : chaque ligne a une raison d’être, qu’elle soit aérodynamique, structurelle ou simplement belle.
L’ADN Countach dans chaque ligne
La filiation avec la Countach est revendiquée, et elle se voit. Le profil en coin très marqué, les prises d’air latérales, les angles tranchants de la carrosserie, la façon dont le toit plonge vers l’arrière : tout cela évoque directement l’icône des années 1970. Lamborghini n’a pas cherché à imiter la Countach, mais à s’en inspirer pour créer quelque chose de nouveau qui porte la même énergie visuelle. Pour un passionné de la marque, reconnaître cet héritage dans les lignes de la Sián procure une satisfaction particulière, comme retrouver un trait familier dans un visage qu’on ne connaissait pas encore.
Intérieur : technologie et artisanat
L’habitacle de la Sián est à l’image de la voiture : ambitieux, soigné, et résolument orienté vers le conducteur. La planche de bord intègre un écran central tactile, des commandes physiques bien positionnées, et une présentation générale qui n’oublie jamais qu’on est là pour conduire. Les matériaux sont au niveau de ce que le prix annonce : fibre de carbone, Alcantara, cuir pleine fleur sélectionné avec soin. Certains exemplaires ont été livrés avec des détails en or, une option qui peut sembler ostentatoire mais qui trouve sa place dans une voiture aussi rare.
Chaque Sián est configurée individuellement via le programme de personnalisation Ad Personam de Lamborghini. En pratique, cela signifie que chacun des 63 exemplaires est unique, adapté aux souhaits précis de son propriétaire en termes de couleurs, de matériaux et de finitions. À ce niveau de prix, c’est la moindre des choses, mais Lamborghini le fait avec une sincérité artisanale qui se ressent dans le résultat final.
63 exemplaires, tous vendus : pourquoi ce chiffre ?
Lamborghini aurait pu choisir 50 exemplaires, ou 100. Le choix du chiffre 63 n’est pas anodin : il renvoie directement à 1963, l’année de fondation de la maison Lamborghini par Ferruccio Lamborghini. Cet hommage aux origines s’inscrit dans une logique de série limitée où chaque détail a une signification. Et le fait que la totalité des 63 coupés ait trouvé preneur avant même la présentation officielle à Francfort dit beaucoup sur la confiance que les collectionneurs et les passionnés les plus avertis accordent à la marque.
Le Sián Roadster : la version ciel ouvert

En 2020, Lamborghini a dévoilé une version Roadster de la Sián, limitée à 19 exemplaires. Le chiffre 19 est lui aussi chargé de sens : il fait référence à 1971, l’année où la Countach a été présentée pour la première fois en concept-car, et plus précisément à 19 en tant que référence à la fin de ce millésime. La version découvrable reprend l’essentiel des spécifications techniques du coupé, avec quelques adaptations structurelles nécessaires à l’absence de toit. Visuellement, elle est si bien réussie qu’on pourrait presque lui préférer les lignes du coupé fermé. Les 19 exemplaires ont naturellement été vendus avec la même rapidité que les 63 coupés.





La Sián FKP 37 face à ses rivales : où se situe-t-elle en 2026 ?
Comparer des hypercars hybrides de ce niveau est un exercice délicat, parce qu’elles ne se ressemblent pas toutes dans leurs ambitions. La Sián FKP 37 n’est pas une voiture de piste déguisée pour la route comme peut l’être une LaFerrari ou une Porsche 918 Spyder. Elle est davantage pensée comme une démonstration de savoir-faire technologique et stylistique, un manifeste qui annonce une direction plutôt qu’un aboutissement.
Face à la McLaren Speedtail ou à la Ferrari SF90 Stradale, la Sián se distingue par l’originalité de sa solution hybride. Là où la plupart des constructeurs misent sur des batteries lithium-ion classiques pour stocker l’énergie de récupération, Lamborghini fait le choix du supercondensateur. Ce n’est pas un détail : cela change la façon dont la puissance est délivrée, la façon dont la voiture répond à l’accélérateur, et la façon dont elle se comporte dans les transitions rapides entre freinage et relance. Sur ce point précis, la Sián propose quelque chose que ses concurrentes directes ne proposent pas.
En revanche, elle n’a pas la vocation d’une Bugatti Chiron Super Sport, pensée pour les très hautes vitesses sur longues distances. La Sián est plus compacte, plus agile dans sa philosophie, et son moteur V12 naturellement aspiré lui confère une pureté sonore et mécanique que les moteurs suralimentés ou électrifiés massivement ne peuvent pas tout à fait reproduire. C’est un choix assumé, cohérent avec ce que Lamborghini défend depuis ses origines.
Ce que la Sián a changé pour la suite
La Sián FKP 37 n’est pas qu’une voiture de collection. Elle a servi de banc d’essai réel pour des technologies que Lamborghini a ensuite intégrées dans ses développements suivants. Le travail autour du supercondensateur, les solutions aérodynamiques actives, la gestion thermique du groupe motopropulseur hybride : tout cela a alimenté la réflexion interne des ingénieurs de Sant’Agata Bolognese pour les projets à venir, dont la Huracán Sterrato et plus encore le programme de transition vers l’hybridation de la gamme principale.
Sur le plan du design, l’influence de la Sián est tout aussi lisible. Les lignes qu’elle introduit, notamment cette façon de traiter les prises d’air latérales et le traitement de la poupe, ont directement inspiré les évolutions stylistiques des modèles Lamborghini qui lui ont succédé. Dans ce sens, elle occupe une place charnière dans l’histoire récente de la marque, entre l’ère du V12 atmosphérique pur et la nouvelle ère hybride qui s’installe progressivement.
Ce qu’on retient de la Lamborghini Sián FKP 37
La Sián FKP 37 reste une voiture hors norme, et pas uniquement parce qu’elle est rare. Ce qui la rend mémorable, c’est la cohérence entre ses ambitions affichées et ce qu’elle livre réellement. L’hommage à la Countach est sincère sans être une copie. La technologie hybride est innovante sans sacrifier ce qui fait l’identité sonore et mécanique d’une Lamborghini. La finition est irréprochable sans tomber dans un luxe désincarné.
Pour un passionné, la Sián représente un moment particulier dans l’histoire de la marque au taureau : celui où Lamborghini a démontré qu’elle pouvait embrasser l’avenir sans renier ce qui l’a rendue inoubliable. Les 63 propriétaires de coupés et les 19 de Roadsters ont entre les mains quelque chose qui compte, non seulement comme investissement ou comme objet de collection, mais comme témoignage d’une époque de transition réussie.
- Production : 63 coupés + 19 Roadsters, tous vendus avant livraison
- Moteur : V12 6,5 L atmosphérique + moteur électrique alimenté par supercondensateur
- Puissance totale : 819 ch
- Vitesse maximale : 350 km/h
- Transmission : 7 rapports ISR, propulsion intégrale
- Personnalisation : programme Ad Personam, chaque exemplaire unique
- Héritage stylistique : Countach LP 500 (1971)
Pourquoi la Sián mérite l’attention des passionnés
Au-delà de sa rareté et de ses chiffres impressionnants, la Sián FKP 37 intéresse parce qu’elle incarne une vraie prise de position de la part de Lamborghini. Dans une période où beaucoup de constructeurs gèrent leur transition énergétique de manière défensive, Lamborghini a choisi avec la Sián de faire de cette transition un argument d’émotion. C’est une nuance importante, et elle se ressent au volant comme à la simple observation de la voiture.
Le fait que chaque exemplaire soit unique grâce au programme Ad Personam ajoute une dimension supplémentaire. Ce ne sont pas des variantes de couleurs prédéfinies avec quelques options cochées sur une liste. Chaque propriétaire a participé à la définition de son exemplaire, ce qui transforme chaque Sián en objet personnel autant qu’en chef-d’œuvre industriel. Pour un collectionneur sérieux, c’est une différence fondamentale.
Il faut aussi souligner que la Sián est l’une des dernières Lamborghini à exprimer le V12 atmosphérique dans sa forme la plus aboutie avant que l’hybridation lourde ne modifie profondément la donne. À ce titre, elle partage avec la Lamborghini Aventador LP 780-4 Ultimae le statut de témoin d’une époque révolue, mais elle le fait d’une manière encore plus affirmée, en ajoutant une couche technologique que l’Aventador n’a jamais portée.
Valeur actuelle et marché de l’occasion
Avec une production aussi limitée et une demande qui dépasse largement l’offre, la question de la valeur sur le marché secondaire se pose naturellement. Les estimations varient selon les exemplaires, leur historique et leur niveau de personnalisation, mais les Sián coupés s’échangent aujourd’hui bien au-dessus de leur prix de lancement original, lui-même déjà proche de 3 millions d’euros hors taxes.
Les Roadsters, encore plus rares, atteignent des niveaux supérieurs. Le marché des hypercars de ce segment est très particulier : les acheteurs ne cherchent pas nécessairement à rouler régulièrement avec leur voiture, mais ils s’assurent de posséder un exemplaire dont la valeur patrimoniale est solide. La Sián coche toutes les cases pour cela : fabricant de prestige, série limitée numérotée, technologie de rupture, design marquant et hommage historique identifiable.

Les 10 Lamborghini les plus chères : la Sián FKP 37 en fait évidemment partie. Ne manquez pas notre article sur le sujet?
Pour un passionné qui aurait la chance d’en croiser une en vente, l’examen attentif du carnet de personnalisation Ad Personam et du kilométrage réel reste essentiel. Certains exemplaires n’ont quasiment pas roulé, conservés comme des œuvres d’art, tandis que d’autres ont été utilisés ponctuellement lors d’événements Lamborghini. Les deux profils ont leur logique, mais ils ne s’adressent pas au même type d’acheteur.
Fiche technique récapitulative
- Moteur : V12 6,5 L atmosphérique, 785 ch + moteur électrique 34 ch (supercondensateur)
- Puissance combinée : 819 ch (602 kW)
- Couple : 720 Nm
- Transmission : boîte ISR 7 rapports, transmission intégrale
- 0 à 100 km/h : moins de 2,8 secondes
- Vitesse maximale : 350 km/h
- Poids : 1 525 kg (à sec)
- Carrosserie : coupé et Roadster
- Production totale : 63 coupés, 19 Roadsters
- Présentation officielle : Salon de Francfort 2019
- Référence stylistique : Countach LP 500 (1971)
- Personnalisation : programme Ad Personam, chaque exemplaire unique
Ce que la Sián représente vraiment pour Lamborghini
La Sián n’est pas née uniquement pour battre des records ou impressionner les journalistes. Elle a été conçue pour démontrer que Lamborghini était capable d’aborder l’hybridation sans trahir son identité. C’est un exercice d’équilibre difficile, que Sant’Agata a réussi en choisissant un système électrique léger et fonctionnel plutôt qu’une architecture complexe orientée vers l’autonomie ou les émissions homologuées.
En ce sens, la Sián a ouvert la voie à ce qui allait suivre avec la Lamborghini Revuelto, premier V12 hybride rechargeable de la marque. La Revuelto n’aurait probablement pas la même crédibilité technique sans l’expérience accumulée sur le programme Sián. La petite série est devenue un laboratoire roulant dont les enseignements ont nourri la production de grande série.
C’est aussi une déclaration de philosophie : Lamborghini ne souhaitait pas que l’électrique soit synonyme de silence ou de désensibilisation. La Sián prouve qu’il est possible d’ajouter de la puissance électrique sans étouffer le caractère d’un moteur thermique. Le supercondensateur, en récupérant l’énergie au freinage et en la restituant à l’accélération, agit en complément naturel du V12, pas en substitut.
Conduite et ressenti au volant

Les témoignages des propriétaires et des journalistes ayant eu accès à un exemplaire convergent sur plusieurs points. Le premier : la Sián est une voiture physique, exigeante, qui demande un engagement réel. Elle n’assiste pas le conducteur de manière excessive et conserve cette tension permanente caractéristique des meilleures Lamborghini.
Le deuxième point concerne la sonorité. Le V12 de 6,5 litres atteint son régime maximal avec une progression qui n’appartient qu’à lui. Aucun turbo ne vient interrompre la courbe, aucun filtre ne lisse la montée en puissance. La contribution électrique, invisible à l’oreille, se perçoit uniquement dans la réponse à l’accélération en sortie de virage, là où le V12 seul aurait une légère inertie avant d’atteindre sa plage de couple optimale.
Le troisième élément souvent mentionné est le gabarit. La Sián reste une grande voiture, et son poids de 1 525 kg se ressent dans les changements de direction. Elle n’est pas aussi agile qu’une Lamborghini Huracán STO, qui joue dans une autre catégorie de format. La Sián assume sa nature de grand coupé taillé pour la vitesse en ligne droite et les enchaînements de courbes rapides plutôt que pour les circuits techniques.
Un hommage qui tient dans le temps
Cinq ans après sa présentation à Francfort, la Sián n’a pas vieilli dans nos mémoires. Son design, pourtant chargé, reste lisible parce qu’il s’appuie sur des proportions cohérentes et sur une référence stylistique forte. Le Countach LP 500 dont elle s’inspire était lui-même une rupture radicale à son époque, et la Sián reprend cet esprit de transgression sans le singer.
Les lignes hexagonales, les prises d’air travaillées, la façon dont la lumière joue sur les flancs : tout cela n’est pas le fruit d’un habillage superficiel. Mitja Borkert et son équipe ont construit une cohérence visuelle que beaucoup de concept-cars peinent à maintenir une fois mis en production. La Sián, elle, a été produite exactement telle qu’elle avait été montrée, ou presque, ce qui est en soi une prouesse.
Pour ceux qui s’intéressent à l’évolution du design Lamborghini, la Sián constitue un point de référence indispensable entre l’Aventador, qui l’a précédée, et la Revuelto, qui lui a succédé. Elle marque le passage d’une ère à une autre avec une clarté rare dans l’histoire de la marque.
Conclusion
La Lamborghini Sián FKP 37 est une voiture que l’on peut admirer à plusieurs niveaux : technique, esthétique, historique et patrimonial. Elle n’est pas parfaite au sens absolu du terme, et elle n’a pas cherché à l’être. Elle a cherché à être juste, à l’intersection de ce que Lamborghini sait faire de mieux et de ce que la technologie permettait d’imaginer en 2019.
Pour les 63 propriétaires de coupés et les 19 de Roadsters, elle restera probablement l’une des acquisitions les plus marquantes de leur collection. Pour les autres, elle existera à travers les images, les sons et les témoignages. C’est déjà beaucoup, et c’est précisément ce que font les grandes voitures : elles continuent d’exister au-delà de leur production.







