Dodge Dart GSS 1968 : la compacte 440 de Mr. Norm à 48 exemplaires

En 1968, le catalogue Dodge contenait tous les ingrédients d’une muscle car complètement déraisonnable. D’un côté, la Dart GTS, compacte et sportive. De l’autre, le V8 440 Magnum de 375 hp. Et entre les deux, une petite ligne qui gâchait tout : « non disponible sur Dart GTS ». C’était sans compter sur un concessionnaire de Chicago surnommé Mr. Norm, qui a fait naître la Dodge Dart GSS à 48 exemplaires, avec la bénédiction discrète de l’usine.

Dodge Dart GSS 1968 grise à toit vinyle noir vue de trois quarts avant, pneus à liseré rouge
Une Dart GSS de 1968, l’une des 48 voitures commandées par Grand Spaulding Dodge. Photo : Mecum

Quand les concessionnaires faisaient mieux que Detroit

A la fin des années 60, les grands constructeurs ne cherchaient pas forcément le meilleur rapport poids/puissance. Quand les clients ont réclamé plus de muscle dans des voitures plus légères, ce sont souvent les concessionnaires qui ont pris les choses en main.

Le plus célèbre reste Yenko Chevrolet, à Canonsburg en Pennsylvanie. Dès 1967, Don Yenko greffe le big-block 427 dans des Camaro. A Toronto, Gorries’ Chevrolet lance de son côté sa Camaro Black Panther, clin d’œil au nom de code « Panther » du projet Camaro, avec elle aussi des conversions 427 au programme.

Chevrolet Camaro Yenko SC 1969 verte vue de trois quarts arrière dans un garage
Une Camaro Yenko SC de 1969 : les concessionnaires faisaient déjà mieux que l’usine. Photo : Bring a Trailer

C’était tout l’esprit de ces séries spéciales : la voiture la plus méchante de la ville n’apparaissait dans aucune brochure nationale. Detroit fournissait les pièces, les concessionnaires les assemblaient dans des combinaisons que l’usine n’avait pas imaginées, pas encore validées, ou tout simplement refusées.

Détail de la bande dorée et du logo Black Panther sur le nez d'une Chevrolet Camaro 1967
La Camaro Black Panther de Gorries Chevrolet, à Toronto, et sa bande dorée. Photo : Mecum

La Dodge Dart, une compacte faite pour le V8

Les compactes A-body de Chrysler, Dodge Dart, Plymouth Valiant et Barracuda, ont beaucoup pour plaire : une caisse autoporteuse légère et la suspension avant à barres de torsion longitudinales maison, qui partent du tablier et travaillent en torsion pour jouer le rôle de ressorts. Pour en savoir plus sur cette plateforme, notre article sur la Plymouth Barracuda Formula S cabriolet 1969 raconte la même histoire côté Plymouth.

En 1968, la Dart GTS reçoit de série le nouveau V8 340, annoncé à 275 hp et 340 lb-ft (environ 461 Nm). En option, on pouvait déjà avoir le big-block 383, proposé depuis l’arrivée de la GTS en 1967 et annoncé à 300 hp et 400 lb-ft. La difficulté principale était de dessiner des collecteurs d’échappement capables de contourner les barres de torsion, mais Mopar y était parvenu.

Dodge Dart GSS 1968 grise vue de profil avec bande noire sur la poupe
De profil, la Dart garde une silhouette sobre, trahie seulement par sa bande arrière. Photo : Mecum

Le 440 Magnum, interdit de Dart

Le 440 Magnum partageait pourtant son bloc avec le 383. En 1968, il développait 375 hp et 480 lb-ft, soit environ 651 Nm. Il aurait fait une Dart merveilleusement excessive, mais la brochure Dodge était formelle : pas de 440 dans une GTS.

Mr. Norm et Grand Spaulding Dodge

Norm Kraus, « Mr. Norm » pour tout Chicago, ouvre Grand Spaulding Dodge en 1962. La maison fait presque aussitôt de la performance son fonds de commerce, aligne une équipe de course dès 1964 et se bâtit une réputation nationale autour des Dodge rapides. Quand Kraus se demande pourquoi Dodge n’a pas marié la Dart GTS et le 440, il a le poids commercial et sportif pour se faire entendre de Detroit.

Comment la Dart GSS a été construite

L’histoire est bien plus intéressante qu’un simple échange de moteur au fond d’un atelier. L’ordre spécial Dodge 1.68-1703 porte sur 48 Dart GTS hardtop. L’usine de Hamtramck reçoit l’instruction de les assembler sans moteur, boîte, carburateur ni filtre à air. Les 440 spéciaux, de type A13, sont montés par Trenton Engineering, puis habillés à Hamtramck avec des carters d’huile et des collecteurs de 383, déjà conçus pour loger dans une A-body.

Compartiment moteur de la Dodge Dart GSS 1968 avec le V8 440 Magnum et des signatures sur l'aile intérieure
Le V8 440 Magnum logé dans la caisse compacte, avec des signatures au feutre sur la tôle. Photo : Mecum

Caisses et moteurs voyagent ensuite séparément jusqu’à Hurst-Campbell, à Madison Heights, qui installe les transmissions selon les instructions de Dodge, avec une boîte automatique TorqueFlite. Des techniciens Dodge inspectent même les voitures terminées avant leur livraison à Grand Spaulding. Une fiche de fabrication conservée pour l’une d’elles porte d’ailleurs la mention « BUILD LESS ENG TRANS CARB AIR CLNR », soit « construire sans moteur, boîte, carburateur ni filtre à air ».

Vue plongeante sur le V8 440 Magnum de la Dodge Dart GSS 1968 et son filtre à air rouge
Vu d’en haut, le big-block remplit le compartiment moteur d’une Dart. Photo : Mecum

Une suspension déjà prête à encaisser

Mr. Norm avait un atout : la Dart GTS était déjà équipée d’une suspension renforcée. Le catalogue 1968 mentionne des barres de torsion et des rotules renforcées, des ressorts arrière à six lames, une barre antiroulis et des pneus larges E70-14 sur jantes de 5,5 pouces. Une lame supplémentaire dans le ressort arrière droit aidait même à contenir le couple et le sautillement des roues. Une base bienvenue face aux 480 lb-ft du 440.

Intérieur noir de la Dodge Dart GSS 1968 avec sièges baquets et volant à trois branches
Un habitacle noir à sièges baquets, sans fioritures. Photo : Mecum
Levier de vitesses chromé de la boîte automatique TorqueFlite dans la console de la Dodge Dart GSS
Le levier de la boîte automatique TorqueFlite. Photo : Mecum

Entre légende et réalité

C’est là que la légende des muscle cars devient glissante. On lit souvent que toutes les GSS avaient leur batterie déplacée dans le coffre. Pourtant, les photos d’un exemplaire survivant vendu chez Mecum montrent une batterie de taille normale sous le capot, sans compresseur de climatisation ni pompe de direction assistée. Les restrictions d’accessoires semblent donc réelles, le déplacement systématique de la batterie beaucoup moins.

Le document de l’ordre spécial contient une phrase étonnante : « Engineering has done development work on this installation », autrement dit le bureau d’études avait travaillé sur cette implantation. Mais le même texte précise que Dodge ne pouvait pas garantir ces voitures. Plus qu’un bricolage de concessionnaire, la GSS ressemble à un minuscule programme officieux, dans une zone grise entre l’usine et le réseau.

Dodge Dart GSS 1968 grise vue de trois quarts arrière avec bande noire
De trois quarts arrière, la bande noire qui ceinture la poupe. Photo : Mecum

Une idée trop bonne pour que Dodge l’ignore

Dès 1969, Dodge propose officiellement une Dart GTS à moteur 440, en code M. La recette reste délicieusement déraisonnable : 440 dans une A-body, boîte automatique TorqueFlite et inscription « 440 Four Barrel » sur le capot. La Dart 440 passe ainsi du statut de curiosité d’un concessionnaire à celui de modèle au catalogue.

Imaginez la scène : en 1968, on vous explique chez votre concessionnaire Dodge que le 440 n’existe pas en Dart GTS. Un an plus tard, une Dart 440 trône dans la même vitrine.

Monogramme GSS chromé avec un S rouge sur la carrosserie de la Dodge Dart
Le monogramme GSS, pour Grand Spaulding Sport. Photo : Mecum

A lire : Hellraiser : la Dodge Charger 1970 (1000 cv) vue par Speedkore

Dart GTS 340 contre Dart GSS 440

CaractéristiqueDart GTS 1968 (340)Dart GTS 1968 (383)Dart GSS 1968 (440)
MoteurV8 small-block 340 (5,6 litres)V8 big-block 383 (6,3 litres)V8 440 Magnum (7,2 litres)
Puissance annoncée275 hp300 hp375 hp
Couple annoncé340 lb-ft (env. 461 Nm)400 lb-ft (env. 542 Nm)480 lb-ft (env. 651 Nm)
DisponibilitéCatalogue DodgeOption catalogueOrdre spécial 1.68-1703, 48 voitures
MontageUsine de HamtramckUsine de HamtramckHamtramck, Trenton Engineering et Hurst-Campbell
Feux arrière et calandre arrière chromée d'une Dodge Dart 1968
Les feux arrière chromés de la Dart 1968. Photo : Mecum

La Dart GSS, une pièce d’histoire Mopar

Aujourd’hui, ces 48 voitures sont devenues un chapitre à part de l’histoire des muscle cars. Grand Spaulding n’a pas simplement fait un pied de nez à Dodge : bureau d’études, Chrysler, Hurst-Campbell et techniciens Dodge ont tous mis la main à la pâte. Mopar a joué les rebelles aux côtés de son concessionnaire, et j’avoue que c’est précisément ce genre d’histoire qui me fait aimer cette époque.

Source : HotCars.

Questions fréquentes sur la Dodge Dart GSS

Qu’est-ce que la Dodge Dart GSS ?

C’est une Dodge Dart GTS de 1968 équipée du V8 440 Magnum de 375 hp, commandée par le concessionnaire Grand Spaulding Dodge de Chicago, dirigé par Norm Kraus, dit Mr. Norm. Elle a été produite à 48 exemplaires.

Combien de Dodge Dart GSS ont été produites ?

48 exemplaires, dans le cadre de l’ordre spécial Dodge 1.68-1703. Les caisses ont été assemblées sans moteur à Hamtramck puis équipées du 440 par Hurst-Campbell.

Quelle est la différence entre la Dart GTS et la Dart GSS ?

La Dart GTS de 1968 était proposée avec le V8 340 ou le 383. La GSS reprenait la même base mais recevait le 440 Magnum, que Dodge ne proposait pas au catalogue sur la GTS cette année-là.

Qui était Mr. Norm ?

Norm Kraus, patron de Grand Spaulding Dodge à Chicago, ouvert en 1962. Le concessionnaire s’est spécialisé dans les Dodge de performance et engagé en compétition dès 1964.

Quand Dodge a-t-il proposé officiellement le 440 dans la Dart ?

Pour le millésime 1969, avec une Dart GTS à moteur 440 en code M, associée à la boîte automatique TorqueFlite.

Laisser un commentaire