Quand on parle de Mopar des années 60, la conversation file presque toujours vers les Hemi, les Charger et les ‘Cuda E-body à grosses rayures. J’ai moi-même longtemps zappé la génération précédente de Barracuda, celle qu’on rangeait un peu vite dans la case « Valiant habillée ». Erreur. En fouillant les chiffres de production de 1969, on tombe sur une combinaison que presque personne ne cite : la Plymouth Barracuda Formula S cabriolet équipée du V8 340. Elle n’a été fabriquée qu’à 83 exemplaires, ce qui la rend bien plus rare que les modèles qui l’ont reléguée dans l’ombre.
Un petit cabriolet, un small-block nerveux, une suspension sérieuse et une production minuscule : voilà une Mopar qui mérite qu’on s’y arrête.

La Plymouth Barracuda, la pony car qui a devancé la Mustang
Petit rappel historique. La Barracuda est présentée le 1er avril 1964, environ deux semaines avant la Ford Mustang. A l’époque, c’est encore une « Valiant Barracuda » : une Valiant à laquelle Plymouth greffe un arrière fastback et une immense lunette arrière bombée. L’idée est bonne, mais la Mustang rafle la mise, avec des ventes sans commune mesure. Le segment prendra d’ailleurs le nom de « pony cars », pas de « fish cars ».
Plymouth ne lâche pas l’affaire. Dès 1965 apparaît le pack Formula S, qui associe un V8 273 plus musclé à une suspension raffermie : c’est la première vraie version sportive de la Barracuda.

La deuxième génération, de 1967 à 1969
En 1967, la Barracuda prend son indépendance stylistique. Toujours bâtie sur la plateforme compacte A-body de Chrysler, elle se décline désormais en trois carrosseries : coupé hardtop, fastback et, nouveauté, cabriolet. Les lignes sont plus fines, plus personnelles, et la voiture n’a plus grand-chose à voir avec une Valiant à l’œil.
En 1968 arrive le V8 340, un small-block moderne qui va devenir l’un des moteurs fétiches des amateurs de Mopar. Pour 1969, dernière année de cette génération, Plymouth vend environ 32 000 Barracuda, dont seulement 1 442 cabriolets. Face aux centaines de milliers de Mustang et de Camaro écoulées chaque année, le cabriolet Barracuda reste une voiture de niche.
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Pourquoi un V8 dans une compacte change tout
A la fin des années 60, la recette gagnante est connue : un gros moteur dans une caisse légère. Pas besoin d’une full-size pour s’amuser, une compacte bien motorisée fait souvent mieux. La plateforme A-body, plus petite et plus légère que les intermédiaires B-body de Chrysler, se prête parfaitement à l’exercice.
Mais la puissance ne fait pas tout. Ajouter des chevaux rend une voiture rapide en ligne droite, c’est le châssis qui décide si elle reste exploitable dès que la route tourne. C’est tout l’intérêt du pack Formula S : il ne se contente pas d’un plus gros moteur, il revoit aussi les liaisons au sol.

Barracuda Formula S cabriolet 1969 : seulement 83 exemplaires en 340
Venons-en à notre oiseau rare. Selon les chiffres de production Mopar couramment cités par les spécialistes, seuls 83 cabriolets Barracuda de 1969 ont reçu à la fois le pack Formula S et le V8 340. Dix-sept autres ont été livrés avec le big-block 383, ce qui porte le total des Formula S cabriolets à une centaine d’unités.
Ramené à la production totale, cela représente moins de 6 % des cabriolets Barracuda du millésime. Et si l’on compare à la Mustang, Ford a produit environ 3 600 Mustang pour chaque Formula S 340 cabriolet sorti d’usine cette année-là. Pour un fan de raretés, c’est à ranger aux côtés de la plus rare des muscle cars produite par Ford.
Il y a une subtilité qui explique en partie cette rareté. En 1969, Plymouth lance le pack ‘Cuda, mais uniquement sur le hardtop et le fastback. Le client qui voulait un cabriolet sportif n’avait donc pas le choix : il devait passer par la Formula S.
Le V8 340, le bon moteur au bon endroit
Le 340 (5,6 litres) est annoncé à 275 hp SAE brut, avec un couple de 340 lb-ft, soit environ 461 Nm. Sur le papier, c’est plutôt modeste pour l’époque. Dans la réalité, ce small-block était volontairement sous-évalué, et la presse spécialisée l’avait encensé dès son apparition sur la Formula S de 1968. Surtout, il évite le surpoids et l’encombrement d’un big-block sur le train avant.

Une suspension Formula S taillée pour attaquer
Le pack Formula S ajoute bien plus qu’un badge. Barres de torsion renforcées à l’avant, ressorts à lames arrière plus fermes, barre antiroulis avant et amortisseurs « Firm-Ride » : le châssis n’a plus rien à voir avec celui d’une Barracuda de base. Capote baissée, on profite de la balade à l’américaine. Mais avec le 340 sous le capot et ces réglages, ce cabriolet n’est pas qu’un jouet de beau temps.
Le 383 et le 440 : plus de cylindrée, plus de compromis
Ceux qui voulaient davantage de cylindrée pouvaient cocher le 383 Super Commando (6,3 litres), annoncé à 330 hp brut. Sur le papier, il domine nettement le 340. Seulement voilà : loger un big-block dans le compartiment moteur étroit d’une A-body relève du chausse-pied. Les accessoires et la direction se retrouvent à l’étroit, et le poids supplémentaire charge le train avant.

Plymouth est allé encore plus loin en cours de millésime 1969 avec la ‘Cuda 440 (7,2 litres), réservée au hardtop et au fastback. Pour la faire entrer, il a fallu renoncer à la direction assistée et aux freins assistés, avec la boîte automatique TorqueFlite comme seule transmission. Impressionnante en ligne droite, nettement moins agréable au quotidien.
C’est ce qui rend le cabriolet Formula S 340 si attachant. Les 55 hp d’écart avec le 383 pèsent lourd sur une fiche technique, mais l’équilibre des masses, l’étagement de la boîte et la suspension comptent tout autant au volant. Les 17 exemplaires en 383 sont rarissimes eux aussi, mais la version 340 tient le meilleur compromis : un cabriolet de petite série, bien équipé, sans les contraintes d’un big-block.
La Barracuda E-body de 1970, l’ombre qui a tout éclipsé
Le calendrier n’a pas rendu service à ce cabriolet. 1969 marque la fin de la Barracuda A-body. Pour 1970, Plymouth la reconstruit totalement sur la nouvelle plateforme E-body, partagée avec la Dodge Challenger. Le compartiment moteur, bien plus large, accueille sans peine le 440 et le mythique 426 Hemi, et la ligne musclée de la nouvelle venue colle parfaitement à ses performances.
Le nom ‘Cuda devient alors synonyme des versions les plus puissantes, et les exemplaires Hemi atteignent des sommets en collection. Notre cabriolet 1969, avec son gabarit compact, son small-block et sa carrosserie produite au compte-gouttes, n’avait ni la carrure ni les moteurs vedettes de sa remplaçante. Il est tombé dans l’oubli presque aussitôt.

Fiche technique : Formula S cabriolet 1969, 340 contre 383
| Caractéristique | Formula S 340 | Formula S 383 |
|---|---|---|
| Plateforme | Chrysler A-body | Chrysler A-body |
| Moteur | V8 small-block 340 | V8 big-block 383 Super Commando |
| Cylindrée | 5,6 litres | 6,3 litres |
| Puissance annoncée | 275 hp SAE brut | 330 hp SAE brut |
| Couple annoncé | 340 lb-ft (environ 461 Nm) | Non communiqué ici |
| Suspension | Barres de torsion renforcées, lames arrière raffermies, barre antiroulis avant, amortisseurs Firm-Ride | |
| Cabriolets produits en 1969 | 83 | 17 |
Une Mopar pour amateurs de combinaisons d’usine
Soyons clairs : ce cabriolet n’est pas plus rare que toutes les Barracuda performantes qui ont suivi, et une faible production ne garantit pas une cote élevée. Rareté, désirabilité, originalité et état sont quatre critères bien distincts. Mais 83 voitures, c’est un chiffre qu’on oublie vite quand on aligne les grandes Mopar. Pour ceux qui aiment les configurations d’usine improbables autant que les chevaux, cette Plymouth oubliée mérite largement un second regard. Et si j’en croise une un jour en rassemblement, je vous promets de m’attarder un peu plus que devant la énième ‘Cuda Hemi.
Source : HotCars.
Questions fréquentes sur la Plymouth Barracuda Formula S cabriolet
C’est un pack sportif proposé sur la Barracuda à partir de 1965. Il associait un V8 plus puissant à une suspension renforcée (barres de torsion, ressorts arrière, barre antiroulis, amortisseurs fermes). En 1969, c’était la seule façon d’obtenir un cabriolet Barracuda sportif.
Selon les chiffres de production Mopar couramment cités, 83 cabriolets Barracuda 1969 ont reçu le pack Formula S et le V8 340, et 17 autres le V8 383, sur 1 442 cabriolets Barracuda produits cette année-là.
La Formula S est le pack performance de base, disponible sur toutes les carrosseries. Le pack ‘Cuda, lancé en 1969, reprend cette base avec une présentation plus agressive, mais il n’était proposé que sur le hardtop et le fastback, pas sur le cabriolet.
Plymouth l’annonçait à 275 hp SAE brut et 340 lb-ft de couple (environ 461 Nm). Cette valeur était réputée sous-évaluée, et le 340 était apprécié pour sa vivacité et son poids contenu sur le train avant.
Pour le millésime 1970. La troisième génération de Barracuda, partagée avec la Dodge Challenger, a été produite de 1970 à 1974 et pouvait recevoir le 440 et le 426 Hemi grâce à un compartiment moteur bien plus large.







