Le 2 août 2019, sur la longue ligne droite du circuit d’essais de Volkswagen à Ehra-Lessien, Andy Wallace appuie sur l’accélérateur d’une Bugatti noire et franchit pour la première fois dans l’histoire de l’automobile le seuil des 300 miles par heure. Le compteur affiche 490,484 km/h. Ce chiffre, beaucoup pensaient qu’il était hors de portée pour une voiture de série. Bugatti vient de leur donner tort. Ce moment marque la naissance officielle de la Chiron Super Sport 300+, un modèle produit à 30 exemplaires, tous vendus avant même que la marque ne l’annonce au grand public.
Dans cet article, nous revenons en détail sur les conditions de ce record, nous décortiquons la fiche technique de cette machine, nous expliquons pourquoi sa production a été volontairement limitée, et nous examinons ce qu’elle vaut aujourd’hui sur le marché. Si vous voulez tout comprendre sur la Chiron Super Sport 300+, vous êtes au bon endroit.
L’histoire du record : comment Bugatti a franchi les 300 mph

Avant la Super Sport 300+, plusieurs constructeurs s’étaient approchés du seuil des 300 mph sans jamais le franchir officiellement avec une voiture de série. Bugatti a décidé d’en faire un objectif concret, préparé méthodiquement pendant deux ans, et réalisé dans des conditions contrôlées et documentées.
Andy Wallace et la ligne droite d’Ehra-Lessien
Andy Wallace n’est pas un pilote choisi au hasard. Vainqueur des 24 Heures du Mans en 1988, il est pilote d’usine Bugatti depuis plusieurs années et connaît le comportement de la Chiron mieux que quiconque. C’est lui que la marque choisit pour conduire la voiture lors de la tentative de record.
Le circuit d’essais de Volkswagen à Ehra-Lessien, en Basse-Saxe, est l’un des rares endroits au monde capable d’accueillir une telle tentative. Son anneau de vitesse comprend une ligne droite de 9 kilomètres, suffisamment longue pour permettre à une voiture d’atteindre sa vitesse de pointe et de la maintenir quelques instants. Le tracé est également légèrement incliné, ce qui aide la voiture à atteindre sa vitesse maximale dans la direction favorable. Les conditions météorologiques ce jour-là, une température d’environ 15 degrés et un vent faible, ont contribué à rendre la tentative possible.
Deux ans de développement pour un chiffre

Atteindre 490 km/h avec une voiture ne s’improvise pas. Bugatti a travaillé pendant deux ans sur des modifications ciblées pour rendre cette vitesse atteignable sans compromettre la tenue de route ou la sécurité du pilote.
La carrosserie a été allongée de 25 centimètres par rapport à la Chiron standard, ce qui permet de mieux gérer l’écoulement de l’air autour de la voiture à très haute vitesse. Le diffuseur arrière, qui est le composant situé sous le pare-chocs arrière et qui accélère l’air sous la voiture pour générer de l’appui, a été redessiné pour réduire la traînée aérodynamique tout en maintenant une stabilité suffisante. L’objectif ici n’était pas uniquement d’aller vite, mais d’aller vite de façon contrôlée.
Les pneumatiques ont également été au cœur du développement. Michelin a conçu une version spéciale du Pilot Sport Cup 2, homologuée pour supporter les contraintes mécaniques et thermiques générées à plus de 400 km/h. À ces vitesses, la force centrifuge s’exerçant sur un pneu est considérable, et un éclatement aurait des conséquences catastrophiques. Ce partenariat avec Michelin a donc été déterminant dans la réussite du projet.
Un record homologué mais limité
Il faut être précis sur ce point, car il a alimenté des discussions dans la communauté automobile. Le record de 490,484 km/h a été réalisé dans une seule direction, et non en moyenne sur deux passages aller-retour comme le requiert la procédure standard du Guinness World Records pour les records de vitesse maximale. Bugatti n’a donc pas soumis ce chiffre au Guinness, et le record officiel de vitesse sur deux directions reste détenu par d’autres.
Cela ne diminue pas la réalité de ce qui s’est passé à Ehra-Lessien : une voiture dérivée de la série a bien atteint et dépassé les 300 mph. Mais le contexte de l’homologation mérite d’être connu pour que chaque lecteur puisse apprécier ce chiffre à sa juste valeur.
La fiche technique de la Bugatti Chiron Super Sport 300+
La Super Sport 300+ est construite autour d’un moteur que Bugatti maîtrise depuis la Veyron, mais poussé dans ses derniers retranchements. Voici ce que cachent ses 25 centimètres supplémentaires de carrosserie.
Le moteur W16 quadri-turbo : 1 600 chevaux sous le capot

Le moteur W16 est une configuration atypique dans l’industrie automobile. Il s’agit d’un moteur à 16 cylindres disposés en W, c’est-à-dire en deux blocs en V rapprochés, formant ensemble une architecture plus compacte qu’un V16 classique. Sur la Super Sport 300+, ce moteur de 8 litres de cylindrée est associé à quatre turbos, deux par banc de cylindres, qui compriment l’air admis et permettent d’augmenter considérablement la quantité de carburant brûlé à chaque cycle.
Résultat : 1 600 chevaux et 1 600 Nm de couple. Le couple, c’est la force de rotation disponible immédiatement, celle qui vous plaque dans le siège dès que vous écrasez la pédale. Sur la Chiron standard, le moteur développe 1 500 chevaux. Le gain de 100 chevaux sur la Super Sport 300+ est le fruit d’une reprogrammation de la gestion moteur, d’une meilleure alimentation en air et d’un refroidissement optimisé pour encaisser des régimes soutenus sur de longues durées.
Performances et aérodynamique repensée
Les chiffres d’accélération de la Super Sport 300+ sont les suivants, tels que communiqués par Bugatti :
- 0 à 100 km/h : 2,4 secondes
- 0 à 200 km/h : 5,8 secondes
- 0 à 300 km/h : 11,8 secondes
La vitesse maximale des exemplaires livrés aux clients est bridée électroniquement à 440 km/h. Cette limitation est délibérée : atteindre 490 km/h nécessite des conditions spécifiques, des pneus préparés et un pilote entraîné. Dans un usage routier ou sur circuit, 440 km/h représente déjà une vitesse que très peu de routes au monde permettent d’atteindre légalement.
Du côté de l’aérodynamique, l’allongement de 25 centimètres de la carrosserie n’est pas un choix purement esthétique. Il permet à l’air de longer la voiture plus progressivement, de réduire les zones de turbulences et de limiter la traînée, c’est-à-dire la résistance de l’air qui freine le véhicule à haute vitesse. Le diffuseur arrière a été reconfiguré pour équilibrer l’appui nécessaire à la stabilité et la résistance minimale nécessaire à la vitesse de pointe. C’est un compromis d’ingénierie complexe, et Bugatti a choisi de pencher clairement du côté de la vitesse maximale plutôt que de l’appui.
Tableau comparatif : Super Sport 300+ vs Chiron standard vs Super Sport
| Critère | Chiron standard | Chiron Super Sport | Chiron Super Sport 300+ |
|---|---|---|---|
| Puissance (ch) | 1 500 | 1 600 | 1 600 |
| Couple (Nm) | 1 600 | 1 600 | 1 600 |
| 0 à 100 km/h (s) | 2,4 | 2,4 | 2,4 |
| 0 à 200 km/h (s) | 6,1 | 5,8 | 5,8 |
| Vitesse max client (km/h) | 420 (bridée) | 440 | 440 |
| Longueur (mm) | 4 544 | 4 569 | 4 569 |
| Poids à vide (kg) | 1 995 | 1 978 | 1 978 |
Pour en savoir plus sur les caractéristiques de la Chiron standard, vous pouvez consulter notre fiche technique dédiée à la Bugatti Chiron sur Auto-pedia.

Une production limitée à 30 exemplaires : l’art de la rareté
Trente voitures. C’est tout. Et toutes étaient déjà réservées avant que Bugatti ne présente officiellement le modèle au public.
Pourquoi seulement 30 unités ?
La décision de limiter la production à 30 exemplaires n’est pas uniquement un choix marketing. Elle reflète plusieurs réalités concrètes. D’abord, chaque Bugatti est assemblée à la main dans l’atelier de Molsheim, en Alsace. Le niveau de finition requis et la complexité technique du modèle ne permettent pas une production en grande série. Ensuite, produire un nombre aussi restreint d’exemplaires garantit que chaque voiture reste associée à l’événement qui lui a donné naissance : le record du 2 août 2019. Si Bugatti en avait produit 300 ou 500, le lien entre la voiture et le record se serait dilué.
Il y a aussi une logique commerciale cohérente avec l’histoire de la marque. Bugatti a toujours associé ses modèles les plus radicaux à des séries très courtes. La Veyron Super Sport avait été limitée à 30 exemplaires également. C’est une constante qui fait partie de l’identité de la marque.
La livrée “Noire Nocturne” et les finitions exclusives




Lors de sa présentation officielle, la Chiron Super Sport 300+ portait une livrée noire mate très sobre, baptisée “Noire Nocturne”. Cette teinte rappelait la voiture du record, capturée dans la lumière froide d’un matin d’août en Allemagne. Le contraste entre la carrosserie sombre et les détails orange vif sur les étriers de frein, les inserts et les logos donnait une identité visuelle forte et reconnaissable.
Comme pour toutes les Bugatti contemporaines, les clients ont eu accès au programme de personnalisation de la marque. Couleur de carrosserie, sellerie, broderies, choix des matériaux intérieurs : chaque voiture peut être configurée sur mesure. L’artisanat alsacien est présent dans les moindres détails, des coutures à la main aux éléments en fibre de carbone travaillés sur place.
Le prix de la Bugatti Chiron Super Sport 300+ : ce que coûte un record

Parler du prix d’une Bugatti ne devrait jamais être un tabou dans un article sérieux. Ces chiffres font partie intégrante de la compréhension du modèle.
Un prix de départ à 3,5 millions d’euros
Le prix catalogue officiel de départ de la Chiron Super Sport 300+ était fixé à 3 500 000 euros hors taxes. À titre de comparaison, la Chiron standard était commercialisée autour de 2 600 000 euros HT, et la Chiron Super Sport autour de 3 200 000 euros HT. La Super Sport 300+ représentait donc une prime significative, justifiée par l’unicité du modèle et son lien direct avec le record de vitesse.
Ces chiffres sont ceux communiqués par Bugatti lors du lancement. Comme l’indique la marque sur son site officiel bugatti.com, la personnalisation peut faire monter la facture finale bien au-delà du prix de base.
Sa valeur sur le marché de l’occasion en 2026
En 2026, les rares exemplaires de Chiron Super Sport 300+ qui apparaissent sur le marché secondaire s’échangent à des prix nettement supérieurs à leur valeur d’origine. Selon les données disponibles sur les grandes plateformes de vente de voitures de collection, certains exemplaires ont été proposés entre 5 et 7 millions d’euros, voire davantage selon l’état, le kilométrage et la configuration. La combinaison entre la rareté absolue (30 exemplaires dans le monde entier), l’histoire du record et l’arrêt programmé de l’ère W16 chez Bugatti contribue à soutenir cette cote élevée.
Pour les collectionneurs, posséder une Super Sport 300+ en 2026, c’est détenir un objet qui symbolise la fin d’une époque. Ce type de statut ne fait généralement qu’accentuer la valeur d’un modèle sur le long terme.
La Chiron Super Sport 300+ comparée aux autres records de vitesse automobile
Pour bien mesurer ce que représente ce record, il faut le placer dans le contexte plus large de la course à la vitesse maximale qui oppose depuis des décennies quelques constructeurs très spécialisés.
La lignée Bugatti Veyron Super Sport




Bugatti n’en est pas à son premier record de vitesse. En 2010, la Veyron Super Sport avait atteint 431,072 km/h à Ehra-Lessien, établissant à l’époque un record homologué par le Guinness World Records sur deux directions. Ce record avait tenu plusieurs années avant d’être contesté. Vous pouvez retrouver le détail de cet exploit dans notre article dédié à la Bugatti Veyron Super Sport sur Auto-pedia.
La démarche de la Super Sport 300+ s’inscrit donc dans une continuité logique. Bugatti ne cherche pas à battre un concurrent à chaque fois : la marque s’attaque à ses propres limites et à celles de ce qu’il est techniquement possible de réaliser avec une voiture dérivée de la série.
Les concurrents directs : SSC Tuatara, Koenigsegg et Hennessey



D’autres constructeurs revendiquent des records de vitesse qui se situent dans la même fourchette ou au-delà. Le SSC Tuatara a annoncé avoir dépassé les 530 km/h en 2020, avant que ces chiffres ne soient remis en question par des spécialistes et que la marque ne communique de nouvelles données après une deuxième tentative. Koenigsegg, avec l’Agera RS, avait enregistré 447,19 km/h en 2017 sur une route ouverte au Nevada, en moyenne sur deux directions. Hennessey, avec la Venom GT, avait communiqué un chiffre de 435 km/h réalisé dans une seule direction.
Ces performances sont réelles et méritent d’être citées. Mais les méthodologies, les conditions et les procédures d’homologation diffèrent d’un cas à l’autre, ce qui rend toute comparaison directe complexe. Pour un tour d’horizon complet des records de vitesse en automobile, notre article dédié à l’histoire des records de vitesse sur Auto-pedia vous donnera tous les éléments pour vous forger votre propre opinion.
Ce que la Super Sport 300+ représente pour l’avenir de Bugatti

Avec le recul que donne 2026, on peut mesurer plus clairement ce que représente la Chiron Super Sport 300+ dans la trajectoire de Bugatti.
Le moteur W16 quadri-turbo est une architecture que la marque a développée, affinée et poussée pendant près de vingt ans, de la Veyron à la Chiron. La Super Sport 300+ en est le point d’aboutissement : le moment où cette mécanique a donné tout ce qu’elle pouvait donner, en franchissant un seuil symbolique qui avait structuré des années de recherche et développement.
Depuis, Bugatti a annoncé et présenté le Tourbillon, son nouveau modèle phare, qui embarque une motorisation hybride associant un moteur thermique V16 à aspiration naturelle à des moteurs électriques. C’est une rupture technologique profonde, et les premières livraisons sont attendues dans les prochaines années. Notre article sur la Bugatti Tourbillon sur Auto-pedia vous permettra d’explorer cette nouvelle direction en détail.
Dans ce contexte, la Super Sport 300+ prend une dimension particulière. Elle est le chant du cygne d’une philosophie de motorisation fondée sur la suralmentation poussée à l’extrême. Trente exemplaires, un record à 490 km/h, et une époque qui se referme. Il y a quelque chose d’assez fort dans cette idée, et je pense que c’est en partie ce qui explique l’attachement que beaucoup de passionnés ressentent pour ce modèle, bien au-delà de ses chiffres.
Questions fréquentes
Quelle est la vitesse exacte du record de la Bugatti Chiron Super Sport 300+ ?
La Bugatti Chiron Super Sport 300+ a atteint 490,484 km/h (soit 304,773 mph) le 2 août 2019 sur le circuit d’essais Volkswagen à Ehra-Lessien, en Basse-Saxe, Allemagne. Ce record a été réalisé dans une seule direction par le pilote d’usine Andy Wallace.
Combien d’exemplaires de la Chiron Super Sport 300+ ont été produits ?
Bugatti a produit exactement 30 exemplaires de la Chiron Super Sport 300+. Tous ont été vendus avant même l’annonce officielle du modèle au grand public.
Quel est le prix de la Bugatti Chiron Super Sport 300+ ?
Le prix catalogue de départ était fixé à 3 500 000 euros hors taxes lors du lancement. En 2026, sur le marché secondaire, les rares exemplaires disponibles s’échangent généralement entre 5 et 7 millions d’euros, selon leur état et leur configuration.
Quelle est la puissance du moteur de la Chiron Super Sport 300+ ?
La Super Sport 300+ est équipée d’un moteur W16 de 8 litres à quatre turbos développant 1 600 chevaux et 1 600 Nm de couple. C’est 100 chevaux de plus que la Chiron standard, obtenus grâce à une reprogrammation moteur et une meilleure gestion thermique.
La vitesse de la Chiron Super Sport 300+ est-elle bridée pour les clients ?
Oui. Les exemplaires livrés aux clients sont bridés électroniquement à 440 km/h. La vitesse record de 490,484 km/h a été atteinte sur un exemplaire spécifiquement préparé pour la tentative, avec des pneus Michelin spéciaux et dans des conditions contrôlées.







