L’histoire de Peugeot

L’histoire de Peugeot ne peut se résumer à une industrie automobile internationalement connue. En effet, bien avant d’être constructeur automobile, la marque Peugeot existait et disposait d’une activité industrielle importante, notamment dans le domaine des outillages et appareils ménagers, comme en témoignent les célèbres moulins à café.

Outillages, ustensiles ménagers, ressorts de lorgnons, crinolines, instruments de chirurgie, fusils de chasse, lames de scies, postes radio ou encore machines à coudre, la famille Peugeot a développé des activités très diverses auxquelles se  greffent l’industrie automobile et celle des cycles.

La présence de la famille Peugeot dans le pays de Montbéliard remonterait au XVème siècle, à Vaudoncourt. Originellement, les Peugeot étaient agriculteurs mais aussi artisans, militaires et tisserands, voire même notables. En 1532, Jean Pequignot dit « Peugeot » devint maire de Vaudoncourt, fonction également exercée par son descendant François Peugeot au cour de la seconde moitié du XVème siècle.

En 1699 naquit Jehan-Jacques Peugeot qui devint meunier en 1725 jusqu’à sa mort en 1741. Son 8ème enfant, Jean-Pierre Peugeot, se tourna vers le tissage dans la mesure où il ne put hériter du moulin de son père. Il fut à l’origine de la voie industrielle que la famille choisit par la suite ; en effet, il laissa à ses héritiers une teinturerie, un moulin à grain ainsi qu’une huilerie.

En 1810, les fils de Jean-Pierre Peugeot (Jean-Pierre II et Jean-Frédéric) et le gendre de la famille Japy fondèrent la société « Peugeot-Frères et Jacques Maillard-Salins« . Quatre années plus tard, la production d’acier laminé à froid de même que celle d’acier cylindrique voué à l’industrie horlogère locale en ressort, dont Japy, commença au moulin de Sous-Cratet. Puis, en 1819, la société changea de nom pour s’appeler « Peugeot-Frères et Compagnie« .

En 1824, l’usine d’Hérimoncourt employait 70 ouvriers et traitait 100 à 150 kg d’acier à la journée ; elle disposait également de 3 martinets et 7 laminoirs. Les produits étaient exportés en Italie, Turquie et Suisse. En 1825, cette usine fusionna avec celle de Valentigney, récemment construite, fusion à l’occasion de laquelle la société prit le nom de « Peugeot Frères aînés, Calame et Jacques Maillard-Salins« . En 1832, l’entreprise « Peugeot frères aînés » fut créée.

Entre 1833 et 1834, une nouvelle usine, spécialisée dans la grosse quincaillerie, fut construite à Terre-Blanche.

En 1840, c’est le premier moulin à café Peugeot qui fut assemblé, ouvrant la voie à une gamme très diversifiée produite jusqu’en 1965. Il est toujours possible aujourd’hui d’acheter une réédition de ce fameux moulin à café.

Moulin à café peugeot

Moulin à café dans sa version en bakélite

10 ans plus tard, la marque des outils « au lion » fut créée, de nouvelles usines avaient été construites (Pont-de-Roide, Valentigney (lieu de production des moulins à café) et Beaulieu, toujours utilisées aujourd’hui par PSA), l’activité s’était développée et les productions s’étaient diversifiées : scies à ruban, buscs de corset, ressorts, montures de parapluie, moulins à café et outillages.

En 1851, Peugeot Frères aînés traversa une crise ; deux des fils de Jean-Pierre II, Jules et Emile (1811-1899 et 1815-1874), contractèrent des emprunts afin de relancer les activités et fondèrent, avec leur neveu Louis Fallot, la « Société Peugeot frères« , avec Valentigney pour siège social.

La production se diversifia encore par la suite : premières crinolines en 1855 (armatures métalliques permettant de gonfler les robes), premières machines à coudre produites à Valentigney-sous-Roche en 1867 (et ce jusqu’en 1936) ou encore tondeuses à chevaux pour l’armée en 1869. Cette même année, Emile créa le Prix littéraire pour la paix et la société instaura une politique sociale inédite à l’époque : caisse d’épargne, secours mutuel, soins gratuits, système de pension-retraite, assurances, écoles, hôpitaux et même journée de 10h (la législation n’apparut que 33 ans plus tard).

Crinoline Peugeot

Crinoline

L’industrie des cycles commença en 1882 avec la création du premier Grand bi (bicyclette à grande roue avant et petite roue arrière).

Grand Bi peugeot

Le Grand Bi de 1882

Puis, en 1886, ce fut le début de la construction de bicyclettes en série, à transmission par chaîne, à Beaulieu, le tout sous l’impulsion d’Armand Peugeot (1849-1915). Ce dernier, intéressé par l’essor des automobiles, pressentait le potentiel de cette invention et chercha des associés. Il rencontra alors, en 1888, Gottlieb Daimler ainsi que Emile Levassor. Un an plus tard à peine, Peugeot présenta la première automobile portant le nom de la marque : il s’agissait d’un tricycle réalisé par Armand, en collaboration avec Léon Serpollet (spécialiste de la vapeur), exposé en mai à l’exposition universelle de Paris sous le nom « Serpollet-Peugeot ». Il faut noter qu’à ce moment-là les usines de la marque employaient 1100 personnes.

Rapidement, Armand laissa la vapeur pour se tourner vers le pétrole : ainsi, en 1890, il mit au point, à Valentigney, le « Type 2″, premier quadricycle à gazoline Peugeot, équipé d’un moteur Daimler. L’année suivante, la raison sociale devint « Les fils de Peugeot Frères » et en septembre un quadricycle « piloté » par Rigoulot et Doriot parcourut les 2 200 km reliant Valentigney à Brest, à la vitesse moyenne de 14 km/h.

En 1892, le Type 4 était mis au point, exemplaire unique commandé par le bey de Tunis, Peugeot produisait 29 voitures et montait les premiers bandages caoutchouc sur un quadricycle à pétrole.

Peugeot type 4

Type 4 vis à vis de 1892

La gamme se diversifia en 1894 et plusieurs modèles furent proposés quasiment simultanément : le Type 5 deux places, les phaétons Type 6 et Type 7, le Victoria Type 8, le vis-à-vis Type 9 et le break Type 10. La marque participa également à un « Concours de voitures sans chevaux », entre Paris et Rouen, participation qui lui valut de remporter le premier prix ex-æquo avec Panhard.

Peugeot type 5 1893

Type 5, 2 places, de 1893

L’année suivante, c’est un Type 11 (deux places) et un Type 12 (break fermé) qui furent proposés à la vente, de même que le fourgon de livraison Type 13, produit uniquement pendant 2 ans. En outre, Peugeot remporta la course Paris-Bordeaux avec Koechelin ; c’est d’ailleurs lors de cette course que Edouard Michelin fit les essais du premier pneumatique sur l’Eclair. De plus, Peugeot fabriqua les premiers roulements à billes Lion.

Persévérant dans l’automobile, Armand Peugeot décida, en 1896, de créer à Lille la « Fondation de la société des automobiles Peugeot« , laissant les activités traditionnelles aux autres membres de la famille. Dès lors, l’entreprise d’Armand (n’ayant aucun descendant masculin) se consacra à l’industrie des automobiles de tourisme et des camions ; la société « les Fils de Peugeot frères« , regroupant les fils de son cousin Eugène (Pierre, Robert et Jules), se focalisa sur la production des outils, des cycles et des motocyclettes.

En 1897, soit l’année suivant la création de la société d’Armand, celui-ci construisit une usine d’automobile à Audincourt (où étaient déjà fabriquées les machines à coudre n°0, 1 et 2) de 50 000 m², dont 4 000 m² couverts, et une autre à Fives-Lille dans le Nord, première usine située hors de la région traditionnelle. L’entreprise produisait alors son propre moteur bicylindre horizontal.

Moteur Peugeot 1896

Moteur Peugeot de 1896

La gamme fut par ailleurs renouvelée :  le Type 14 biplaces, le phaéton Type 15, le Type 16 vis-à-vis, la voiturette Type 17 et le break 8 places Type 18. Tous les modèles étaient équipés d’un moteur Peugeot et étaient livrés, en option, avec des pneumatiques Michelin à chambre à air, à la place des bandages pleins.

Peugeot type 16

Type 16 de 1900

La gamme s’étoffa les années suivantes avec les Type 14 à 20 puis 21 à 25. En juillet 1898 Peugeot participa au premier Salon de l’automobile de Paris. Au total, en 1899, la gamme était composée de plus de 25 modèles de véhicules, de 2 à 12 places et de 720 à 1 250 kg : le plus vendu était à l’époque le phaéton Type 15.  A noter que, cette année-là, Peugeot construisit la bicyclette pliante du capitaine Gérard, qui devint partie intégrante du paquetage du poilu de la première guerre.

Peugeot Phaeton type 15

Phaéton type 15 de 1897

Lire la suite de l’histoire de Peugeot dans la 1ère moitié du XXème siècle ici, Peugeot dans la 2ème moitié du XXème siècle ici  

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6 réponses à L’histoire de Peugeot

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  2. willerval dit :

    Bonjour

    A t-on construit des Peugeot sur le site de Sous-Roches à Valentigney dans leDoubs ?

    • Marguerite dit :

      Bonjour,

      pour répondre à votre question, il semblerait que le site de Sous-Roches n’ait pas accueilli de production automobile mais uniquement d’outillage, machines à coudre …

      cordialement,

  3. hugueniot claude dit :

    les machines à coudre n° 0, n°1 et n° 2 (j’en possède 2) sont fabriquées à Audincourt, dans le Doubs. C’est indiqué sous le plateau de fonte de la machine
    par contre, les moulin à café Peugeot ( j’en ais un) étaient fabriqués à Valentigney, dans le Doub là aussi c’est écrit dessus
    pour finir je tient à dire que cet article est très interêssant
    cordialement
    CH

  4. Claude HUGUENIOT dit :

    bonjour Margueritte
    A Rétromobile, ou avec des amis nous avions un stand, en 2011, j’avais emmenée ma n° 2 (la tête seulement, car je n’avais pas le reste) ; elle avait été remarquée par un responsable du stand Peugeot qui en avait ammené une complète venant du musée Peugeot (une n° 1).
    Cette personne m’a expliqué que Peugeot avait cessé la fabrication des machines à coudre au début des années 1900 (sans date précise) et avait confié la fabrication à Gritzner en Allemagne jusqu’à la fin en 1936
    Bien cordialement et encore avec mes félicitations.

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