Ferrari F40 : l’histoire de la légende racontée par ses créateurs

« Je n’ai jamais vécu une présentation comme celle de la F40. Quand la voiture a été dévoilée, un frisson a parcouru la salle, suivi d’un tonnerre d’applaudissements. » Ces mots sont ceux d’Ermanno Bonfiglioli, responsable des projets spéciaux chez Ferrari dans les années 80. Il raconte le 21 juillet 1987, jour où Maranello a levé le voile sur la Ferrari F40. Ferrari a réuni trois des hommes qui l’ont créée pour revenir sur cette aventure, et leurs souvenirs valent le détour.

Ferrari F40 rouge éclairée par un projecteur lors de sa présentation officielle à Maranello en 1987
La présentation officielle de la F40 à Maranello, le 21 juillet 1987. Photo : Ferrari

On connaît les grandes lignes : évolution de la 288 GTO, dernière Ferrari approuvée par Enzo, adorée de Nigel Mansell, moins de Gordon Murray. Notre dossier complet sur la Ferrari F40 retrace son histoire et sa cote. Ici, place aux témoins.

Ermanno Bonfiglioli : 13 mois pour créer une légende

La première surprise, c’est le calendrier. « Les délais étaient inhabituels, explique Bonfiglioli. Treize mois à peine, avec le châssis et la carrosserie qui avançaient aussi vite que la mécanique. » Quand on sait qu’une voiture neuve demande généralement plusieurs années de développement, le chiffre laisse rêveur.

Le développement s’est fait dans un secret inhabituel : en dehors des proches d’Enzo Ferrari, personne n’avait vu la voiture avant sa présentation. D’où le choc dans la salle face à un tel saut stylistique.

Ferrari F40 rouge vue de trois quarts avant en studio
Capot plongeant, porte-à-faux minimal et prises NACA : la signature de Leonardo Fioravanti. Photo : Ferrari

Une voiture de course pour la route

Dès le départ, la F40 est pensée comme une voiture de course homologuée pour la route : châssis tubulaire en acier, panneaux en Kevlar collés, portes, capot et couvercle de coffre en carbone. Résultat, environ 1 100 kg à sec.

Côté moteur, Bonfiglioli rappelle que le V8 biturbo de 478 ch dérive de celui de la 288 GTO Evoluzione. « Plusieurs innovations ont permis à la F40 de devenir la première Ferrari de série à dépasser les 320 km/h. Nous avons porté une attention maximale au poids du moteur, notamment grâce au magnésium : carter d’huile, couvre-culasses, collecteurs d’admission et carter d’embrayage étaient dans ce matériau, qui coûtait cinq fois plus cher que l’aluminium et n’a plus jamais été utilisé en telles quantités par la suite. »

Ferrari F40 rouge vue de face sur fond noir
La face avant basse et large de la F40. Photo : Ferrari

Leonardo Fioravanti : la forme au service de la vitesse

Le dessin est signé Pininfarina, sous la direction de Leonardo Fioravanti. « Nous nous sommes lancés tête baissée dans le travail, se souvient-il. Des recherches poussées en soufflerie ont permis d’optimiser l’aérodynamique pour atteindre des coefficients dignes de la Ferrari de route la plus puissante jamais construite. »

Mais une forme efficace ne suffit pas à marquer les esprits pendant plus de trente ans. Pour Fioravanti, la magie tient à la cohérence entre style et performance : « le capot bas avec un porte-à-faux très court, les entrées d’air NACA et l’aileron arrière, que mon collègue Aldo Brovarone a placé à angle droit, l’ont rendue célèbre ».

Ferrari F40 de 1990 vue de face sur une route
Une F40 de 1990 sur la route. Photo : Top Gear
Ferrari F40 rouge vue de trois quarts arrière sur une piste
Le célèbre aileron dessiné à angle droit par Aldo Brovarone. Photo : Top Gear

Le dernier vœu d’Enzo Ferrari

Fioravanti se souvient aussi de l’origine du projet. Alors qu’Enzo Ferrari lui demandait son avis sur un prototype expérimental, la 288 GTO Evoluzione, il lui parla pour la première fois de son envie de produire « une vraie Ferrari ». « Nous savions, comme lui, que ce serait sa dernière voiture. » L’équipe a tout fait pour qu’elle soit inoubliable.

Enzo Ferrari et Piero Ferrari en 1987 examinant une maquette de F40
Enzo et Piero Ferrari en 1987 : la F40 sera la dernière voiture approuvée par le Commendatore. Photo : Ferrari

Dario Benuzzi : dompter la bête

Légère, puissante, sophistiquée et profilée : la F40 avait tout pour réussir. Sauf qu’au début, elle se comportait mal. Le pilote d’essai Dario Benuzzi a joué un rôle clé pour la mettre au point. « Le comportement des premiers prototypes était mauvais, reconnaît-il. Pour dompter la puissance du moteur et la rendre compatible avec un usage routier, il a fallu soumettre chaque élément à d’innombrables essais, des turbos au freinage, des amortisseurs aux pneus. »

Le défi était d’autant plus grand que la F40 devait être brute et sans concession, en réaction aux Ferrari jugées trop douces à l’époque. « Nous avons obtenu exactement la voiture que nous voulions, avec peu de confort et aucun compromis, résume-t-il. Sans direction ni freins assistés, ni électronique, elle exige du talent et de l’engagement de la part du conducteur, mais elle le rend au centuple. »

Ferrari F40 rouge en mouvement dans un virage
Les premiers prototypes avaient un mauvais comportement, que Dario Benuzzi a patiemment corrigé. Photo : Top Gear

La voiture dont Benuzzi est le plus fier

Benuzzi a mis au point une impressionnante liste de Ferrari : BB, 288 GTO, F40 IMSA, F50, 550, Enzo, 333 SP, 599, 458, FXX, FF ou F12. Pourtant, c’est la F40 dont il est le plus fier. Il a un faible pour la F50, qu’il trouve sous-estimée, « mais il lui manquait un peu de puissance ». Si la F50 vous intéresse, notre article sur la Ferrari F50 V12 vous dira tout.

Une seule voiture manque à son palmarès : la 348, souvent considérée comme l’une des Ferrari les plus critiquées, y compris par Luca di Montezemolo. Et pour cause : Benuzzi travaillait sur la F40 à ce moment-là, puis s’est cassé la main et n’a pas pu valider la 348. Il est passé directement à la F355. La 348 a en quelque sorte payé le prix du succès de la F40.

Alignement de nombreuses Ferrari F40 rouges lors d'un rassemblement du Ferrari Club Allemagne en 1992
Un impressionnant alignement de F40 lors d’un rassemblement du Ferrari Club d’Allemagne en 1992. Photo : Ferrari

Les créateurs de la F40 en bref

NomRôleCe qu’il a apporté
Ermanno BonfiglioliResponsable des projets spéciaux FerrariDéveloppement en 13 mois, moteur allégé au magnésium
Leonardo FioravantiDesigner chez PininfarinaLigne, aérodynamique en soufflerie, prises NACA
Aldo BrovaroneDesigner chez PininfarinaAileron arrière à angle droit
Dario BenuzziPilote d’essai FerrariMise au point du comportement routier

Une légende née d’une équipe

Ce qui frappe dans ces témoignages, c’est l’énergie collective d’une petite équipe à qui Enzo Ferrari a laissé une rare liberté. En treize mois, ils ont créé la voiture qui allait devenir le symbole d’une époque. Plus de trente ans plus tard, la F40 reste pour beaucoup, moi compris, la Ferrari ultime.

Source : Top Gear.

Questions fréquentes sur la création de la Ferrari F40

Qui a créé la Ferrari F40 ?

La F40 est le fruit d’une petite équipe : Ermanno Bonfiglioli pour les projets spéciaux, Nicola Materazzi pour l’ingénierie, Leonardo Fioravanti et Aldo Brovarone chez Pininfarina pour le design, et Dario Benuzzi pour la mise au point.

Combien de temps a duré le développement de la F40 ?

Environ 13 mois, un délai extrêmement court pour une voiture entièrement nouvelle.

Quand la Ferrari F40 a-t-elle été présentée ?

Le 21 juillet 1987 à Maranello, pour célébrer les 40 ans de Ferrari.

Quelle est la différence entre la 288 GTO et la F40 ?

La F40 dérive de la 288 GTO Evoluzione, dont elle reprend le principe du V8 biturbo, mais avec un moteur retravaillé de 478 ch, une structure en Kevlar et carbone et une aérodynamique optimisée.

La Ferrari F40 est-elle la dernière voiture d’Enzo Ferrari ?

Oui, c’est la dernière Ferrari lancée du vivant d’Enzo Ferrari, qui est décédé en août 1988.

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