En août 2018, au Concours d’Élégance de Pebble Beach, Bugatti lève le voile sur un prototype qui prend tout le monde de court. Pas parce qu’il va plus vite que tout le reste, mais précisément parce qu’il renonce à la vitesse de pointe au profit d’autre chose : la tenue de route, l’agilité, le plaisir pur de conduire sur circuit. Ce modèle, c’est la Bugatti Divo. Quarante exemplaires. Cinq millions d’euros hors taxes. Tous vendus avant même que la voiture soit dévoilée au public. Une machine à part entière dans l’univers déjà très fermé des hypercars les plus exclusives du monde.
Dès sa présentation, la Divo envoie un message clair : chez Bugatti, la performance ne se résume pas à un chiffre de vitesse maximale, bien qu’elle puisse atteindre tout de même les 380 km/h ! Elle peut aussi se vivre dans un virage, dans la façon dont une voiture répond au volant, dans la complicité qu’elle crée avec son conducteur. C’est cette philosophie, radicalement différente de celle de la Chiron, qui fait de la Divo un objet fascinant à étudier.
Dans cet article, vous allez découvrir l’histoire du pilote qui a donné son nom à ce modèle, les données techniques qui le définissent, ce qui le distingue visuellement et mécaniquement de la Chiron, les conditions pour en devenir propriétaire, son prix et sa cote actuelle sur le marché secondaire. Lisez jusqu’au bout : chaque section apporte des informations que vous ne trouverez pas résumées ailleurs de façon aussi claire.
Albert Divo, l’homme derrière le nom
Un pilote de légende des années 1920

Albert Divo est un pilote de course français né en 1895. Dans les années 1920, il fait partie des figures incontournables de la compétition automobile européenne. Son palmarès le plus marquant reste ses deux victoires consécutives à la Targa Florio, en 1928 et 1929, au volant de Bugatti. La Targa Florio, c’est une épreuve sicilienne sur routes ouvertes et sinueuses, exigeant autant de précision que d’endurance. Gagner une fois sur ce circuit, c’est déjà remarquable. Deux fois de suite, c’est entrer dans l’histoire.
Le choix de son nom pour baptiser cette hypercar orientée maniabilité n’est donc pas anodin. Albert Divo n’était pas un pilote de ligne droite. C’était un homme des virages, de la technique, de la maîtrise. Des qualités que la Divo de 2018 incarne parfaitement dans son ADN de conception.
Une tradition Bugatti d’hommage à ses héros
Bugatti a pris l’habitude de nommer ses modèles en référence à des figures qui ont compté pour la marque ou pour l’histoire de l’automobile. La Bugatti Veyron rend hommage à Pierre Veyron, vainqueur des 24 Heures du Mans 1939 avec Bugatti. La Bugatti Chiron porte le nom de Louis Chiron, l’un des pilotes les plus titrés de la marque dans les années 1920 et 1930. La Divo s’inscrit dans cette lignée, avec une cohérence particulière : le choix d’Albert Divo illustre directement la philosophie du véhicule, conçu pour briller là où Divo excellait, sur les routes sinueuses et les circuits techniques.
La Bugatti Divo : une hypercar pensée pour le circuit

Naissance d’un projet hors norme
À l’origine de la Divo, il y a une question que les ingénieurs de Bugatti se sont posée : et si on prenait la base technique de la Chiron, sans chercher à aller plus vite en ligne droite, mais en faisant mieux dans les virages ? C’est ce postulat qui a guidé tout le développement du projet. La Divo n’est pas une Chiron améliorée. C’est une Chiron réinterprétée, avec des priorités différentes.
La présentation officielle a eu lieu en août 2018 à Pebble Beach, en Californie, lors de l’un des événements automobiles les plus courus au monde. Ce choix de lieu n’est pas innocent : Pebble Beach attire une clientèle d’exception, précisément le type de passionnés que Bugatti cherche à toucher avec ce modèle.
Les chiffres qui font tourner la tête

Sous le capot de la Divo, on trouve le même moteur que dans la Chiron : un W16 quad-turbo de 8,0 litres développant 1 500 chevaux et 1 600 Nm de couple. Les performances en accélération restent vertigineuses avec un 0 à 100 km/h en 2,4 secondes. Là où la Divo diffère, c’est sur la vitesse maximale, volontairement bridée à 380 km/h, contre 420 km/h pour la Chiron. Un choix assumé, qui permet d’optimiser l’aérodynamique pour l’appui plutôt que pour la pénétration dans l’air.
La Divo est également 35 kg plus légère que la Chiron, grâce à un travail important sur les matériaux et la suppression de certains équipements de grand tourisme. Et surtout, son appui aérodynamique est augmenté de 90 % par rapport à la Chiron, ce qui change radicalement le comportement du véhicule en virage.
Un châssis taillé pour la performance latérale
La Divo n’est pas qu’une Chiron allégée avec un gros aileron. La suspension a été entièrement repensée pour favoriser la réactivité et réduire le roulis en virage. Le centre de gravité a été abaissé. La direction a été recalibrée pour offrir plus de précision et un meilleur retour d’informations. Le freinage a lui aussi été revu, avec des étriers plus puissants et des disques carbone-céramique adaptés à un usage plus intensif sur circuit.
L’ensemble de ces modifications crée un véhicule qui se comporte de façon très différente de la Chiron dès qu’une route commence à tourner. Là où la Chiron impressionne par sa capacité à avaler les kilomètres à haute vitesse dans un confort presque irréel, la Divo communique, sollicite, engage le conducteur dans chaque virage.
Un design qui ne ressemble à rien d’autre
L’extérieur : aérodynamisme et sculpture

Le premier regard sur la Divo suffit à comprendre que ce n’est pas une simple Chiron rebadgée. Le capot est entièrement nouveau, avec des prises d’air élargies qui alimentent le moteur et les radiateurs de façon plus efficace. Les flancs de la carrosserie présentent une découpe caractéristique qui canalise l’air vers les sorties latérales. À l’arrière, l’aileron fixe massif est l’un des éléments visuels les plus marquants de la voiture : il est dimensionné pour produire un appui aérodynamique maximal, pas pour séduire en statique.
Le diffuseur arrière a également été redessiné pour travailler en cohérence avec l’ensemble du flux aérodynamique. Chaque ligne de la carrosserie a une fonction précise. C’est ce qui donne à la Divo cette apparence tendue, presque agressive, que la Chiron n’a pas.
L’intérieur : un habitacle sur mesure

À bord, la Divo reprend les fondamentaux de l’habitacle Bugatti, carbone, cuir, alcantara, assemblage à la main, mais en poussant le niveau de personnalisation encore plus loin. Chaque exemplaire a été configuré en étroite collaboration avec son propriétaire, via le programme sur-mesure de Bugatti. Couleurs, matières, coutures, finitions : rien n’est standard. C’est un espace entièrement pensé pour une seule personne, ce qui fait de chaque Divo un objet littéralement unique.
La couleur signature : le blanc glacier
Pour sa présentation officielle à Pebble Beach, Bugatti a choisi une teinte blanche avec des liserés bleus, baptisée “blanc glacier”. Cette combinaison est rapidement devenue l’image iconique de la Divo dans la presse et les médias automobiles. Elle incarne bien l’identité du modèle : quelque chose de pur, de net, sans fioriture inutile. Un écrin qui met en valeur les lignes aérodynamiques plutôt que de les noyer sous un coloris complexe.
40 exemplaires seulement : l’exclusivité à l’état pur
Pourquoi seulement 40 unités ?
Bugatti a délibérément limité la production de la Divo à 40 exemplaires. Ce chiffre n’est pas le résultat d’une contrainte industrielle, c’est un choix stratégique. En maintenant une production aussi restreinte, la marque s’assure que chaque client bénéficie d’un suivi personnalisé et d’une attention totale de la part des équipes de Molsheim. C’est aussi une façon de préserver la valeur du modèle sur le long terme.
Ce qui est peut-être encore plus frappant, c’est que les 40 exemplaires ont été vendus avant même que le grand public voie la voiture. Au moment où la Divo était dévoilée à Pebble Beach, chacun des 40 acheteurs avait déjà signé et payé. La présentation était donc davantage un événement patrimonial qu’une opération commerciale.
Qui peut prétendre à une Bugatti Divo ?
L’argent seul ne suffit pas pour figurer parmi les 40 propriétaires de la Divo. Bugatti a réservé l’accès à ce modèle à des clients déjà propriétaires d’une Bugatti, qui ont été sélectionnés et contactés directement par la marque. Le critère d’entrée n’est donc pas financier au sens strict : c’est l’appartenance à une communauté de passionnés que Bugatti connaît et accompagne depuis des années. Cela renforce considérablement le sentiment d’exclusivité qui entoure ce modèle, et explique en partie pourquoi il suscite autant de fascination chez ceux qui n’ont pas eu accès à cette liste.
Bugatti Divo vs Chiron : sœurs, mais si différentes
La même base, des philosophies opposées
La Divo et la Bugatti Chiron partagent le même bloc moteur W16 de 8,0 litres, mais leurs objectifs de conception sont radicalement différents. La Chiron est une voiture de grand tourisme hyperpuissante : elle avale les autoroutes à des vitesses que peu de voitures peuvent même approcher, dans un confort remarquable. La Divo, elle, est faite pour les routes sinueuses et les circuits. Voici ce que disent les chiffres en comparaison directe :
| Caractéristique | Bugatti Divo | Bugatti Chiron |
|---|---|---|
| Moteur | W16 quad-turbo 8,0 L | W16 quad-turbo 8,0 L |
| Puissance | 1 500 ch | 1 500 ch |
| Couple | 1 600 Nm | 1 600 Nm |
| 0 à 100 km/h | 2,4 s | 2,4 s |
| Vitesse maximale | 380 km/h (bridée) | 420 km/h |
| Masse | 1 895 kg | 1 930 kg |
| Appui aérodynamique | +90 % vs Chiron | Référence |
| Prix de lancement | 5 millions € HT | Environ 2,6 millions € HT |
| Nombre d’exemplaires | 40 | 500 |
Ce que la Divo apporte que la Chiron ne peut pas offrir
Les journalistes et pilotes qui ont eu l’occasion de comparer les deux modèles reviennent souvent sur la même impression : dans un virage rapide, la Divo génère une sensation d’adhérence et de contrôle que la Chiron ne procure pas. Ce n’est pas que la Chiron est mauvaise en virage, loin de là, mais la Divo donne au conducteur un sentiment de connexion avec la route qui est d’une autre nature. L’avant répond plus vite, la voiture pivote avec plus de précision, et l’appui aérodynamique se fait sentir physiquement dès les vitesses moyennes.
Ce que la Divo offre, c’est une expérience de conduite centrée sur l’interaction entre le conducteur et la machine. La Chiron cherche à faire disparaître la difficulté. La Divo, elle, invite à s’y confronter.
Le prix de la Bugatti Divo : ce que coûte l’inaccessible

Un tarif de départ qui laisse sans voix
Le prix officiel de la Bugatti Divo est de 5 millions d’euros hors taxes par exemplaire, soit environ 6 millions d’euros toutes taxes comprises selon les marchés. Pour situer ce chiffre : c’est presque le double du prix de lancement de la Chiron, établi autour de 2,6 millions d’euros HT. C’est aussi nettement au-dessus de la quasi-totalité des hypercars produites en série limitée, qu’il s’agisse de la Pagani Huayra, de la Koenigsegg Jesko ou de la Ferrari LaFerrari Aperta.
Ce tarif intègre évidemment le niveau de personnalisation proposé à chaque client, le suivi individuel de la commande par les équipes de Molsheim, et la rareté absolue du modèle. Il reflète aussi la position de Bugatti sur le marché : une marque qui ne cherche pas à vendre des volumes, mais à produire des objets d’exception pour une clientèle qui les traite comme tels.
La valeur sur le marché de l’occasion en 2026
En 2026, les rares exemplaires de Divo qui circulent sur le marché secondaire s’échangent à des prix systématiquement supérieurs au tarif d’origine. La combinaison entre l’extrême rareté (40 unités mondiales), la notoriété croissante du modèle et l’absence de nouveaux exemplaires disponibles crée mécaniquement une pression à la hausse sur les prix. Certains passages en vente aux enchères ont vu des Divo atteindre des estimations bien au-delà des 6 millions d’euros TTC du prix neuf.
La Divo est ainsi devenue, pour ses propriétaires, non seulement un objet de passion mais aussi un actif patrimonial dont la valeur tend à s’apprécier avec le temps, à condition que l’exemplaire soit conservé dans un état irréprochable et accompagné de son historique complet.
Bugatti Divo : l’héritage d’une hypercar qui a marqué l’histoire

Ce que la Divo représente pour la marque
La Divo occupe une place singulière dans la galaxie Bugatti. Elle prouve que la marque alsacienne ne se réduit pas à la course aux records de vitesse de pointe. Avec ce modèle, Bugatti a exploré une autre dimension de la performance, celle qui se vit dans un virage serré, sur un circuit technique, dans la précision d’un train avant qui répond exactement comme on le souhaitait. Ce faisant, la marque a élargi son propre territoire et montré qu’elle était capable de proposer des expériences de conduite radicalement différentes à partir d’une même base mécanique.
La Divo reste aujourd’hui une référence dans l’univers des hypercars à production ultra-limitée. Elle est étudiée, photographiée, commentée bien au-delà de ce que ses 40 exemplaires pourraient laisser supposer.
Et après la Divo ? La continuité du mythe Bugatti
Depuis la Divo, Bugatti a continué d’explorer de nouveaux territoires. La Bugatti Tourbillon, présentée en 2024 et dont les livraisons s’échelonnent à partir de 2026, marque un tournant important : elle intègre pour la première fois une motorisation hybride, avec un V16 atmosphérique associé à des moteurs électriques. Ce virage vers l’hybridation partielle s’inscrit dans une continuité logique avec ce que la Divo avait initié : la volonté de ne pas simplement répéter ce qui a été fait, mais de trouver de nouvelles façons d’atteindre l’excellence.
L’ADN que la Divo a contribué à définir, exclusivité radicale, performance orientée expérience de conduite, hommage au passé de la marque, reste au cœur de la stratégie de Bugatti. Les modèles changent, mais la philosophie, elle, tient bon.
Questions fréquentes
Combien coûte une Bugatti Divo ?
Le prix officiel de la Bugatti Divo est de 5 millions d’euros hors taxes, soit environ 6 millions d’euros toutes taxes comprises. Sur le marché de l’occasion en 2026, les exemplaires disponibles s’échangent généralement au-dessus de ce prix en raison de la rareté du modèle.
Combien d’exemplaires de Bugatti Divo ont été produits ?
La production a été volontairement limitée à 40 exemplaires, tous vendus avant même la présentation officielle du véhicule au Concours d’Élégance de Pebble Beach en août 2018.
Quelle est la différence principale entre la Bugatti Divo et la Chiron ?
Les deux modèles partagent le même moteur W16 quad-turbo de 8,0 litres et la même puissance de 1 500 ch. La différence fondamentale tient à leur philosophie : la Chiron est optimisée pour la vitesse de pointe et le grand tourisme, tandis que la Divo est conçue pour la maniabilité et l’expérience de conduite sur circuit. La Divo est 35 kg plus légère, génère 90 % d’appui aérodynamique supplémentaire et sa vitesse maximale est bridée à 380 km/h contre 420 km/h pour la Chiron.
Peut-on acheter une Bugatti Divo si on en a les moyens financiers ?
Non, pas nécessairement. Bugatti a réservé les 40 exemplaires à des clients déjà propriétaires d’une Bugatti, sélectionnés directement par la marque. La solvabilité financière est une condition nécessaire mais pas suffisante : il faut appartenir au cercle de clients que Bugatti a choisi de contacter pour ce modèle.
Pourquoi la Bugatti Divo s’appelle-t-elle ainsi ?
Le nom rend hommage à Albert Divo, pilote de course français des années 1920, vainqueur de la Targa Florio à deux reprises au volant de Bugatti (1928 et 1929). Ce choix illustre directement la philosophie du véhicule : un modèle pensé pour les routes sinueuses et les circuits techniques, là où Albert Divo excellait.







